( 6 avril, 2011 )

Chapitre Trois

Des lunes passèrent après la rencontre entre le Dieu des Dieux et la mère de toutes choses. Les premiers Ilandiens virent le jour en même temps que Dame nature. Les naquirent avec les saisons, les autres avec les éléments les définissants. On les nommaient les Alménith, les « esprits gardiens » en langue ancienne de la nature. Ilanda se peuplait de jour en jour de façon harmonieuse… Mais pendant ce temps là, lorsque Ryuu et Dame nature vivaient le parfait amour, les deux frères continuaient leurs parties de jeu se changeant peu à peu en guerre indirect. Ryuu Yin menait largement la partie mais son frère et rival, incarnant les ténèbres, jeta rageusement une de ses pièces sur le terrain. C’est ainsi que cette fameuse pièce se transforma en une immense météorite. C’était il y a environ 65,5 millions d’années. Elle décima pratiquement tout sur son passage, sans que la Terre ait son mot à dire. Après l’abandon de Ryuu Yang, les deux dragons, ayant passé des siècles à jouer, ne s’étaient pas rendus compte de l’absence de leur créateur. De leurs yeux perdus, ils le cherchaient, en vain. Ils sentaient l’aura de Ryuu, se trouvant si loin d’eux qu’ils eurent du mal à la détecter. Ils partirent à sa recherche, laissant leur pauvre et dévasté terrain de jeu. Car ils ressentaient une autre présence aux côtés de leur père. Une aura qu’ils n’avaient jamais sentit auparavant. A cet instant précis, ce fût la fin d’une vie harmonieuse et le début du cauchemar…

*

Plusieurs semaines s’étaient déjà écoulées depuis l’étrange arrivée de Seth. L’adolescent fuyait les filles tel la peste ce qui amplifiait les soupçons de celle-ce quand à sa nature. L’été était arrivé, orné de ses belles et chaudes couleurs qu’il avait semé dans le jardin de la pension. Judith était assise sur la pelouse verte, adossée à un arbre fruitier. La tête baissée, dévoilant la blancheur de sa nuque face aux rayons du soleil, la jeune fille était plongée dans les méandres de la langue latine. Elle leva le nez de son manuel, écoutant les rires des jeunes filles entourant Seth. Sans même sans rendre compte, il eût très rapidement une bonne réputation. Au moment où son regard croisa celui du jeune homme, Judith se remit à lire.

- Tu as vu comme il nous évite, déclara la lectrice en tournant une des page de son bouquin.

Une voix provenant de l’arbre répondit qu’elle avait aussi remarqué. Un trognon de pomme tomba de l’une des branches et une jambe pendait dans le vide. L’adolescente laissa son latin de côté et observa le beau ciel d’un azur uni sans nuages pour gâcher la splendeur de cette image. Elle l’observa un long moment, faisant le tri de ses pensées. Depuis l’arrivée de Seth, la jeune fille était de plus en plus tourmentée par ses bribes de souvenirs. Avait-il un lien quelconque avec elle?

Mina rejoint Judith, l’air anéantit, comme si elle avait vécue l’apocalypse. L’adolescente sortait tout juste du conseil de classe et un mot résumant celui-ci était…

- Horrible! F‘ai cru mourir! En pluf de fa, Feth était là!

- Et? Demanda Judith d’un ton intéressé.

- Il écrivait des « trucs » étranges fur fon cahier.

- Tu veux dire quoi en parlant de trucs?

- Ben… Tu fais, les symboles que l’on trouve dans tes livres…

La jeune adolescente feuilleta son manuel et tomba sur l’alphabet latine. Un éclair de génie l’a foudroya.

- Ça y est! Je sais comment faire pour savoir qui est Seth! S’exclama Judith en se levant d’un bond.

- Eh bien Judith, tu as l’air de tenir la forme. Que se passe t-il ? Demanda Gaëlle, talonnée par Alexia.

- Tiens, voilà l’intruse! S’esclaffa le pommier.

D’un coup sec, Alexia tira la jambe pendant dans le vide et fit tomber Pauline.

- Bonjour à toi aussi la rouquine! Répondit la jeune fille.

- Les filles, calmos d’accord? Intervînt Judith avant que cela ne tourne au vinaigre.

Elle se plaça entre les deux rivales de façon à ce qu’elles ne se tapent pas dessus.

- Nous avons d’autres choses à faire que de s’étriper.

- Pardon… Firent les deux ennemies en chœur.

- Bien, reprit l’adolescente, je crois qu’il est temps d’aller à la bibliothèque afin d’approfondir les recherches sur Seth…

- Allons-y!

- Désolée Alexia, toi tu reste ici.

- Et pourquoi donc Pauline!

- Les animaux sont interdits là-bas, désolée. Ricana Pauline.

- Tu vas voir si je suis un animal! Et ce n’est pas moi qui ai du poil aux pattes!

*

La bibliothèque de la pension se situait dans tout le deuxième étage. Elle était réputée dans toute l’Europe, car, elle regroupait tant d’ouvrage datant d’avant l’invention de l’imprimerie. Pour son architecture de l’époque renaissance était aussi classé patrimoine de l’UNESCO. On estime qu’il faudrait plus de dix-huit vies pour lire tous ces ouvrages. La salle était si immense que sans les panneaux de bois indiquant le chemin, on s’y perdrait. Fait de bois et de meubles d’excellentes factures, vernis cirés, donnaient un style élégant à cette pièce à connaissances. Avec l’agora, la bibliothèque était le point de rencontre des deux ailes. Mais ce lieu n’était pas un site de batifolages et autres frivolités des jeunes, mais à l’étude. C’est pour cela qu’une vieille bibliothécaire du nom de Madame Landré, était présente à l’entrée de la pièce. Bien que tout un système de règles, sanctions et même des écriteaux tel que « Silence! Je lis! » ou bien «  Par respect pour les autres, je me tais! » Ont été mis en place, certaines personnes faisaient des entorses à celle-ci.

- AAAH! Je comprends rien! Déclara ouvertement Pauline en massant son cuir chevelu.

- Tu ne fais aucun efforts ma pauvre! Soupira Alexia. Cela fait deux heures que tu es sur la même page de ton premier bouquin…

- Oui, ben le mien est compliqué! Se justifia la rouquine. Je dois toujours me taper le plus dur!

Le groupe ne trouvait dans aucun livres le moindre indice concernant Seth malgré les notes détaillées fournies par Mina….

- On ne trouve que quelques similitudes avec les anciennes langues mais rien de concret, fit Judith en fronçant les sourcils, mécontente d’elle.

Les jeunes filles semblaient abattues. Elles désespéraient de ne rien trouver pour les aider.

- Bon, pause déjeuner! Déclara joyeusement Pauline en sortant une pomme de son sac.

- Tu manges tout le temps toi, tu vas finir par être obèse !

- Mais j’ai la dalle ! Etudier ça creuse ! Et puis, c’est un fruit, ça fait pas grossir…

L’adolescente plaqua son front sur le coin de la table, les bras pendus dans le vide l’air désabusé.

- Ben, Pauline ? Qui y a-t-il ? S’enquit de dire Judith.

- C’est horrible ! Je pense comme une nana !

Les autres membres du groupe eurent un petit fou rire.

- Désolée de te dire la vérité, mais tu es une fille, s’étouffa Alexia.

La jeune fille leva la tête, ayant la marque du rebord de la table en montrant son majeur en tant que réponse.

- Quelle grossièreté ! Tu n’as aucunes manières ! Tu es… Pauline tu m’écoutes ?!

L’adolescente aux longs cheveux roux était plongée dans un des chapitres de son livre. Elle leva les yeux et la regarda d’un air sérieux.

- Pour tout avouer… Non, j’t’écoute pas. T’es trop bavarde…

La bimbo se leva brusquement de sa chaise et en voyant que cela ne faisait ni chaud ni froid à sa rivale, elle rangea un des livres qu’elle avait étudié. Elle s’assit en inspirant profondément pour se calmer.

- Bref… Ecoutez ça les filles, ça risque de vous intéresser. « Le langage des Anciens ». Je vous lis le texte : « Nos ancêtres présumés étaient un peuple en communion avec la nature. Ils apprirent à communiquer par le biais de la peinture et de leurs gorges peu développées. Ils parlaient avec les Dieux par le vent car ils croyaient aussi en l’âme des arbres qui pouvaient discuter entre eux à l’aide du vent et du pollen…. » Et regardez ce que j’ai trouvée ! L’alphabet complet et traduit des symboles correspondent à ceux de Mina… Judith tapa du poing et mit sa tête dans ses mains en posant dans sa tête sans cesse la même question : Pourquoi n’y avait elle pas pensée plus tôt ?

- Ca va Judith ? Tu fais l’autiste ? Demanda Pauline avec, décidemment beaucoup de tact.

- Vous ne comprenez pas ce que cela veut dire ! Chuchota la jeune fille en se levant. Seth est un être magique !

- Ou un homme préhistorique ramené à la vie par des scientifiques.

- Ou un alien ! Fit Alexia en faisant le salut extra-terrestre de la main.

Mina et Gaëlle ne s’étaient pas prononcées sur la chose. Tout à coup, la jeune fille à lunettes craqua et se mit à pleurer.

- Fe feux pas me faire effacer la mémoire par des fommes en noirs ! Fe feux pas ! Hurla t-elle les larmes aux yeux.

- Mais, calmes-toi Mina, on va pas te trifouiller la mémoire ! Tu regardes trop la télé. Allez, ressaisis-toi, tu nous fout la honte là ! Souffla Pauline. Remarque, avec la « chose » que j’ai à côté de moi…

- C’est de moi que tu parles la rouquine ! Aboya Alexia en se sentant visée.

- Tu t’es reconnue, ça m’étonne…

- Je te signale que j’ai été élue la fille la plus belle et la plus populaire de la pension ! Se pavana l’adolescente.

- Pas la plus intelligente en tout cas… Rétorqua la « garçon manqué » en restant stoïque.

- Je vais te tuer ! Tu…

La bimbo ne pût terminer sa phrase, quand une encyclopédie Larousse heurta sa tête. Un petit cri de douleur sortit de sa bouche. Elle se retourna en apercevant derrière elle, une autre étudiante rouge de rage due au boucan produit par celle-ci.

- Silence ! Cela fait dix fois que je vous le dis, nous sommes dans un lieu d’études ici !

- Désolée, je n’avais pas entendu mais ce n’est pas la peine d’abîmer mon visage ! Critiqua Alexia.

- Normal qu’elle t’ait balancée ça, tu t’excitais toute seule. Elle devait en avoir marre de parler dans le vide.

- Tu… Tu l’avais entendu et tu ne m’as même pas prévenue !

- C’était trop drôle de te voir comme ça.

- Tu vas mourir, espèce de…

Un second dictionnaire frappa Alexia au bord d’un double meurtre.

- Calmos « Barbie », c’est mauvais pour tes boutons, fit remarquer la rousse en mangeant tranquillement sa pomme.

- La faute à qui si je m’énerve !

D’un geste rapide et efficace le « garçon manqué » enfonça son fruit dans le gosier de son ennemie pour la faire taire.

- C’que t’es fatigante ! T’es tellement énervée qu’il y a une grosse veine qui enfle sur ton front.

Paniquée, la bimbo sortit en vitesse son miroir et répondit que c’était très drôle.

- Bon, je crois que nous n’avons plus rien a faire ici, s’enquit de dire Judith avant que la baston ne se pointe. On y va ?

L’adolescente se retourna vers Gaëlle qui sourit. Elle semblait mal en point vu l’inquiétante blancheur de son visage.

- Gaëlle, ça va ?

Soudain, prise d’une sorte de crise, la jeune fille poussa sa chaise en se levant et suffoqua. Elle tremblait et suait. N’ayant plus de force pour se tenir debout, elle tomba à genoux, le visage crispé par la douleur, la main plaquée contre sa poitrine.

- Gaëlle ! Que quelqu’un appelle de l’aide ! Vite !

*

Judith regarda Gaëlle, allongée dans son lit, épuisée par sa crise, le visage pâle et les cheveux plaqués à celui-ci dû à la transpiration. Les jeunes filles qui l’entouraient, pleuraient en silence.

- Il n’y a pas de traitement adapté pour la soigner ? Demanda t’elle au médecin de la pension.

Il secoua tristement la tête.

- Je suis désolé, mais sa maladie une des maladies orphelines appartenant à la catégorie des incurables. De plus, elle est atteinte depuis longtemps.

La colère et la tristesse envahit le cœur de l’adolescente serrant les poings. Judith prononça la phrase fatidique lui déchirant l’âme.

- Combien de temps lui reste-t-il?

- Je n’en suis pas sûr… Votre amie était malade depuis un bon moment.

- Combien je vous en pris, supplia la jeune fille en ravalant ses larmes.

- Plus beaucoup de temps je le crains. Je suis encore étonnée qu’elle soit encore en vie, je suis navré…

Il se retira sans bruits, fermant la porte derrière lui. Judith prit la main glacée de son amie assoupie. Ne pouvant plus se retenir, la jeune fille se mit à sangloter. La jeune malade serra la main de son amie, à bout de nerf. Elle était très faible mais son sourire angélique restait le même.

- Judith, ne pleure pas…

- Mais tu vas…

- Mourir? Je sais que je partirais avant vous… Je m’y suis préparée depuis longtemps…

Choquée d’entendre ces paroles si dures, venant de cette fille si douce qui respirait la joie de vivre, Judith se mit en colère.

- Mais ne dis pas ça ! On va trouver un moyen !

- Judith…

- Non, Pauline non !

- On ne peux plus rien faire…

- Je n’accepte pas que vous baissiez les bras ! Cria-t-elle en repoussant la jeune fille.

- Judith ! Attends ! S’écria Alexia en voyant l’adolescente s’enfuir.

Galle retint la bimbo, lui disant de la laisser se calmer.

*

Judith sortit du bâtiment en courant de toute ses forces, essayant de se calmer. Elle ne comprenait pas la lâcheté et la fatalité de ses amies. Il fallait à tout prix la soigner. Elle se dirigea vers la forêt plus précisément à l’endroit où Seth était arrivé. Elle constata que ses suspicions étaient fondées en apercevant de belles fleurs ayant poussées à la place de la mare de sang. Toutes ses préoccupations s’envolèrent quand elle en toucha une. Deux questions lui vînt à l’esprit et lui brûlaient les lèvres : Qui était-il en réalité ? D’où venait-il ? Soudain, elle sentit un petit picotement au niveau de la nuque et se retourna. Elle tressaillit en voyant l’adolescent à la casquette juste derrière elle. Les mains derrière son dos, l’air toujours aussi glacial, il prit la parole :

- Alors ? Tu as compris que je ne suis pas humain? Soit… Tu as découvert toi et tes amies mon secret…

- Qui es-tu? Coupa Judith d’un ton sec, malgré la peur qui l’envahissait.

- Je m’appelle Seth…

- Seth comment?

- Seth tout court… Je viens d’un endroit très loin d’ici…

- J’étais sûre que tu ne venais pas d’Irlande.

- Effectivement, mais connaître mes origines ne t’aideras pas à sauver ton amie… Je suis désolé pour elle.

L’adolescente plaqua violemment le jeune homme contre un arbre. Il se laissa faire sans broncher. Elle fouilla dans une des poches de son manteau et lui montra un pendentif cassé, pouvant contenir trois cristaux mais dont deux manquaient. Il était relié par un cordon de tissus noir.

- C’est à toi non?! Pourquoi cet objet m’attire tant?

- J’étais sûr que c’était toi qui l’avais, je l’ai deviné dès que je l’ai perdu. Malheureusement, il ne t’aidera pas à sauver ton amie.

- Tais-toi! Cria Judith en giflant l’adolescent restant de marbre.

La jeune fille se mit à sangloter. Tous ces espoirs étaient perdus. Elle allait voir la seule fille qui ne l’a jamais comprise aussi bien, s’éteindre tel une bougie en fin de vie. Il fallait qu’elle l’a voit avant qu’elle ne parte définitivement afin de lui dire combien elle l’aimait de tout son cœur.

- Tes pensées sont bien sombres… Soupira Seth. Je peux t’aider si tu veux, faisons un marché, je guérit ton amie et, en échange, tu me rend le pendentif?

- Tu peux faire ça?

- Oui, et je n’ai qu’une parole…

Hésitant, Judith réfléchit et finit par rendre le collier de Seth qui le mit tout de suite. Une rafale de vent entoura le jeune homme. La jeune adolescente sentit l’atmosphère avait radicalement changée.

- Allons-y, déclara t-il en dissimulant l’objet sous sa chemise.

*

Dans la chambre de Gaëlle, la venue de Seth suscita une mauvaise réaction venant de la part des autres filles…

- Qu’est-ce qu’il fait là?! Grogna Pauline En barrant la route.

Seth comprit rapidement qu’il n’était pas le bienvenu.

- Il vient nous aider répondit Judith en se plaçant au milieu.

Pauline mit un long moment avant de s’écarter à contrecœur, méfiante, tandis que le jeune homme s’approcha de la jeune malade en train de lutter afin de garder les yeux ouverts.

- Elle n’en a plus pour longtemps, elle très faible…Dit-il froidement.

- On le sait merci! Cria Alexia.

- Et en quoi ce mec peut nous aider! Critiqua Pauline en scrutant l’adolescent du coin de l’œil. Il va l’emmener dans sa soucoupe volante?!

Le garçon à la casquette ne répondit pas aux provocations de la jeune fille et tira les couvertures de Gaëlle.

- Qu’est-ce que tu fais!

- Vous voulez que je la soigne oui ou non? D’ailleurs je n’ai pas besoin de vous… Sauf Judith.

- Et pourquoi elle?

D’un revers de la main, l’adolescent balaya les filles réticentes dans le couloir extérieur et la porte se verrouilla par magie. Ne tenant plus, Gaëlle se rendormit et Judith était près d’elle à la fois apeurée et fascinée.

- Il ne faut ni bruit ni lumière pour le rituel de guérison.

La jeune fille ferma les volets ainsi que la fenêtre tandis que le jeune homme retirait ses trois couches de gants. Il avait une paire en tissus, soie et cuir. Judith s’habituait tout juste à l’obscurité quad le jeune homme commença le rituel en allumant une petite bougie. Elle perçut des traces sombres sur ses mains.

- Maintenant ne bouge plus, sinon il va t’attaquer…

- « Il » ?

- Tu verras…

L’adolescent posa rapidement ses mains sur le ventre de Gaëlle.

-

Après ces brèves paroles incompréhensibles, un jet de lumière blanc se propagea sur tout le corps de la malade. Judith n’en croyait pas ses yeux. Malgré la grande inquiétude qu’elle avait pour son amie, elle était bluffée.

- Ne t’en fais pas pour elle, souffla Seth.

La lumière devenait de plus en plus aveuglante et la jeune fille dû protéger ses yeux en mettant son bras devant.

- Ferme les yeux et ne bouge plus.

Elle obéit. Une sorte de coupure dans le temps l’affecta comme si il ne semblait plus avancer.

- Tu peux les ouvrir maintenant, mais reste à ta place.

Judith vit Seth et Gaëlle suspendus dans les airs. Elle remarqua que le jeune homme s’affaiblissait. Un nuage aussi noir que la nuit sortit de la poitrine de son amie qui redescendit peu à peu. Le nuage commençait à se résorber, jusqu’à n’être pratiquement plus visible. Ne pouvant plus tenir, l’adolescente se précipita vers Gaëlle. Le nuage, symbolisant le mal de Gaëlle se mit à regrossir et chargea Judith. Seth intervînt de justesse en utilisant ses dernières forces pour s’interposer. Le nuage entra dans le corps du jeune homme, produisant une petit déflagration qui projetant l’inconsciente contre une grande armoire. Le garçon se mit a tousser et n’arrêtait pas de vomir un liquide noir visqueux comme le goudron et ayant l’odeur d’un cadavre en voit de putréfaction.

- Seth ? Tu vas bien ?! S’enquit-elle de dire.

- Ne t’en fais pas pour moi, va la voir, murmura-t-il essoufflé.

Judith fixa les mains de Seth et constata que les traces sur celles-ci étaient bien des cicatrices. Elle voulut l’aider à se relever en lui offrant sa main, mais celui-ci la repoussa.

- Non ! Il ne faut pas que je te touche !

- Excuse-moi…

Il se releva en s’appuyant contre le lit et remit ses gants.

- Non, c’est moi Enaël, je ne voulais pas…

Judith recula en entendant le jeune homme prononcer ce nom qui l’obsédait.

- Comment m’as-tu appelé ?

L’individu ouvrit la porte sortit de la pièce sans un seul mot. Les trois autres filles se précipitèrent à la rencontre de Gaëlle en train de se réveillée, l’air en pleine forme. Elles écarquillèrent les yeux en constatant que la jeune fille était de nouveau sur pied et en bonne santé. Judith ramassa une belle et grande plume blanche, traînant au sol, qu’elle dissimula dans la poche de sa veste. Pauline et Alexia concoctèrent à Gaëlle et Judith, un petit interrogatoire sur l’intervention miraculeuse de Seth. Judith résuma en quelques minutes ce qu’il s’était passé et Gaëlle approuva de la tête en concluant qu’elle était guérie.

- Ce type est zarb ! Déclara ouvertement Pauline.

Mina ainsi qu’Alexia approuvèrent de la tête.

- Au fait, où est-il passé ? Je voudrais le remercier.

Judith se retourna vers Gaëlle en lui souriant.

- Je vais le faire à ta place, repose-toi maintenant.

Dix minutes d’intenses recherches s’écoulèrent. La jeune fille s’arrêta essoufflée et s’appuya contre le mur de l’arrière de la pension. Elle le cherchait, en vain. Elle vit un banc de pierre sculpté et s’assît dessus en essayant de reprendre son souffle. A trois mètre d’elle, coulait en silence sur les galets lisses et ovales, servant d’abri aux plus petits poisson, une petite rivière.

- Tu me cherchais ?

Judith sursauta en voyant Seth, assît près d’elle. Elle bondit instinctivement sur le côté et recula. Elle ne l’avait ni vue ni entendue.

- O…Oui ! Bredouilla-t-elle. Gaëlle voulait te dire merci et que…

- Je n’ai que faire de ces futilités. Peux-tu me dire quelle est la vraie raison qui t’amène ici ? Coupa sèchement l’adolescent en se levant du banc.

- Je veux savoir pourquoi tu m’as appelé Enaël ?

Le jeune garçon à la casquette ne répondit pas et ramassa un galet qui gela à son contact. La jeune fille ne comprit ni pourquoi, ni comment il avait fait.

- C’est à cause d’une malédiction…

- Comment ?

- Tu te demandais pourquoi je l’ai gelé, et bien je te réponds Enaël. Dit froidement en se tournant vers son interlocutrice. Tu veux connaître la vérité ? Fort bien… Je suis comme tu le sais un être magique, venu sur vos terres afin de trouver une certaine personne… Toi !

Judith sursauta en entendant ces paroles insensées.

- M-m-moi ! M-mais je ne suis qu’une fille banale ! C’est impossible !

Le jeune adolescent écrasa entre ses deux mains le galets et les rouvrit en dispersant de la poussière. L’adolescente eût un instant de panique en imaginant son crâne entre les mains de cet inconnu.

- Pas de doute, c’est bien toi… Enaël. Dit-il froidement en se tournent vers son interlocutrice.

- Mais, comment peux-tu être aussi sûr?

- Tu as réagit à ton vrai nom, de plus tu as bien des cicatrices sur la paume de tes mains et de tes pieds non? Mais aussi par ton bras…

- Comment… Et alors?! Cela ne veut rien dire!

Le jeune homme soupira et fouilla dans ses poches. Il en sortit un drôle d’objet en forme de loupe, constitué de métal aux reflets multicolores. L’étrange objet contenait une lentille de verre, ayant deux boutons sur les côtés.

- Ton bras je te pris…

L’adolescente hésita un moment et finit par soulever la manche de son pull laissant découvrir une vilaine brûlure à son poignet droit. Le garçon fit glisser l’objet non identifié sur le bras de l’adolescente en prononçant des paroles incompréhensibles.

- Ça va faire un peu mal, chuchota Seth.

Il appuya sur les deux boutons et un faisceau lumineux sortit de la loupe. La brûlure se divisa en deux partie, puis, forma une marque avec deux croissants de lunes entrelacées et quatre étoile formant une croix. Judith crû s’évanouir en voyant ce spectacle.

- Voici le sceau de ta famille gravé sur ta peau. Tu es née avec cette marque et tu l’aura jusqu’à la fin de ta vie. Tu ne peux nier tes origines Enaël.

La jeune fille repoussa Seth et commença à prendre la fuite quand le jeune homme apparût devant elle en lui bloquant le passage. Elle était perdue et terrifiée par cet individu.

- Es-tu sûre d’être normale comme tu le dis? A quand remonte tes souvenirs? De dix ans non? Et avant?

- Comment sais-tu toutes ces choses?

Le jeune homme se tourna en enfouissant ses mains dans les poches et leva la tête.

- Je lis en toi comme un livre ouvert, ton cœur ne peut me mentir. Il m’a été chargé de te ramener dans ton clan, de gré ou de force, mais je te laisse le choix. Soit tu viens avec moi soit tu restes ici. Je te laisse jusqu’à minuit pour te décider. Je t’attendrais à l’orée de la forêt…

Seth quitta l’adolescente encore sous le choc. La nuit tomba sur la pension, chacun avait regagné ses appartements et dormait… A part Judith qui n’arrêtait pas de contempler sa marque. Dans son lit, très pensive, la jeune fille semblait désorientée… Beaucoup trop de questions la tourmentait ce qui lui donnait un mal de tête énorme. Qui était-elle en réalité? Qui étaient ses parents? Où étaient-ils? Elle ne savait rien… Comme si elle avait toujours vécu dans le mensonge et l’oubli. Lorsqu’elle toucha son tatouage, elle eût une vision, un souvenir… Cette foi-ci, elle était dans le corps d’un nourrisson entouré de deux personnes qu’elle connaissait.

- Comme elle est mignonne! Elle te ressemble beaucoup Julia! Les mêmes yeux que sa jolie maman.

- Elle nous ressemble à tout les deux mon chéri, je suis sûre qu’elle deviendra une jeune femme forte. N’est-ce pas Enaël?

- M… Maman?

Le cœur de la jeune fille se mit à battre la chamade.

- Tu as raison… Bon, laissons-la se reposer un peu, elle est épuisée. Bonne nuit mon ange, fais de beau rêve.

- Maman! Papa! Attendez!

Le souvenir s’arrêta et Judith prit sa décision.

- Bientôt minuit, je ferais mieux d’y aller… Pensa le jeune homme à la casquette en observant les étoiles.

- Seth! Attends-moi! J’arrive! Cria Judith en courant.

La jeune fille, n’ayant pas eût le temps de se changer était en robe de chambre blanche et gilet beige avec des tennis…

- Désolée, je ne me suis habillée convenablement mais je ne me suis pas décidée tout de suite alors…

- Ce n’est pas grave, je te donnerais d’autre vêtement lorsque nous serons à Ilanda.

- Ilanda?

- C’est le nom de notre monde… Suis-moi…

- Ilanda… Murmura Judith en souriant.

Le jeune adolescent entra dans la forêt. La jeune fille eût un mouvement de recul.

- On ne va pas rentrer là-dedans! En pleine nuit!

Seth se tourna vers la jeune fille.

- Bien sûr que si pourquoi?

Ils pénétrèrent dans la forêt et se retrouvèrent au beau milieu de ces bois. Seth dégagea son bras droit que Judith avait prit et sortit de sa poche une craie blanche incrustée de poussière cristalline, brillant dans la nuit.

- Je vais ouvrir le passage.

Il enleva les feuilles et les branches gênantes, recouvrant une stèle de pierre, puis traça un pentagone. Il s’agenouilla au centre de celui-ci. La lune, cachée par les nuages, se montra timidement et éclaira la figure géométrique. Le vent soufflait entre les cimes des arbres afin de conter ses fameux voyages. Les branches frétillaient d’excitation en écoutant les prouesses de ce voyageur solitaire. L’adolescent murmurait des phrases incantatoires dans un dialecte ancien. Cinq boules de lumières de couleurs différentes apparurent à chaque extrémités du pentagone. Chacune représentaient un, élément: la verte signifiant la nature, la bleu l’eau, la blanche le vent, la orange le feu, et la rose la vie… Après quelques minutes, les éléments se mélangèrent et devinrent une seule et unique boule multicolore., Les arbres se tortillaient, bougeaient, dansaient… Un vrai ballet forestier se déroulait devant Judith émerveillée…

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