( 6 avril, 2011 )

Chapitre Deux

 Chapitre 2

 

 

Dans la pension privée Sainte-Marie, la salle d’étude se situait au troisième étage de l’aile des filles. Les grandes tables en bois de hêtre de très bonne qualité, pouvant facilement contenir huit places, était de formes ovales et les pieds sculptés, renforcés afin de supporter de lourdes charges. La salle était bondée de jeunes étudiantes, les unes, bavardant, riant et les autres croulant sous les vieux manuels ou résolvant des exercices de mathématiques sur le tableau noir. La pièce sentait le cirage pour parquet et un mélange de parfum féminins, ce qui rendait l’odeur fort désagréable. Le craquement du bois ciré ainsi que les bavardages était tel qu’il couvrait les ordres du surveillant. A maintes reprises il dû taper du poing sur la table afin de se faire entendre. La gorge enrouée, la main rouge, le pauvre pion battit en retraite et s’enfonça dans le fauteuil de cuir noir. La porte de la salle s’ouvrit violemment et une jeune femme apparût. Les cheveux bruns ondulés, les yeux bleu clairs, la peau blanche, vêtue d’un tailleur beige avec des talons de même couleur, mademoiselle Deloretentra est une très belle trentenaire. Descendante de l’ancien propriétaire, ainsi que’ seule héritière de la pension, elle avait rapidement prit ses fonctions. Anna avait adoptée Judith à l’âge de vingt-deux ans qui errait dans les bois en pleurant. Elle l’éleva comme sa propre fille en lui donnant l’éducation et l’amour qui convenait. Elle appela sa protégée « Judith » qui était le prénom de sa défunte grand-mère. Elle se plaça au centre de la pièce et dune voix étonnamment puissante pour un petit gabarie, prononça son discours.

 

- Bien le bonjour mesdemoiselles, aujourd’hui, puisque le temps est clément, vous allez concevoir un herbier, afin de l’exposer dans la salle commune. Vous allez faire une petite excursion en forêt par groupe de six maximum. Bien sûr, il y aura un surveillant pour vous encadrer. Vous avez toute l’après midi. Au cas où, emportez l’imperméable de l’école. Bonne journée !

Avant de repartir, Anna chercha du regard Judith et lui sourit tendrement. Gênée, la jeune fille rougit. Après un bref regard en direction de la jeune adolescente, la directrice sortit en coup de vent et claqua la porte à en faire trembler les murs de pierres. Habituées par cette attitude, les jeunes étudiantes ne bougèrent pas d’un pouce à part Mina qui sursauta.

- Elle fait peur ! Bégaya t-elle en prenant son spray pour asthmatique.

- C’est normal, c’est une célibataire dans l’âme… Répliqua Alexia en secouant tristement la tête.

- Bon, pour nous, les groupes sont faits, déclara Judith, perturbée par la présence de sa « mère ». Il ne manque plus que le surveillant.

- Ben… On peut prendre Roger, proposa la bimbo.

- Ro-Rofer ! Le poivrot !

- Oui, comme ça on sera tranquille, on pourra aller où l’on veut.

- J’te reconnais bien, toi et tes idées tordues. Ricana Pauline, les pieds sur la table.

D’un coup de pied, Alexia renversa la chaise du garçon manqué qui tomba à la renverse.

- Et toi alors ! Tu ne sais même pas parler français !

Les deux filles s’attrapèrent « affectueusement » les cheveux comme des furies (il ne manquerait plus que la boue et se serait chaud…Qu’est-ce que je raconte moi!) tandis que les autres, gênées en voyant que tout le monde dans la pièce perplexes les observaient, souriaient bêtement devant les autres élèves offusquées. Plus tard, les insultes fusaient et la salle d’étude était devenue un ring devenue hors contrôle du surveillant.

- Sale guenon! Tu m’as mordus !

- S’pèce de dinde!

- Les filles! Souffla Judith en serrant les dents. Calmez-vous, vous nous fichez la honte!

Après le petit interlude de crêpage de chignon, le club des cinq se retrouva dans les bois en compagnie d’un vieux satyre, en salopette grise aux multiples taches, avec une bouteille de pinard dans la poche qu’il avait appelé « Roger junior ». Jardinier et surveillant à ses heures perdues, il s’installa contre un chêne (avec sa tête de gland) et se mit à boire, laissant les filles seules.

- B-bon, main-mainte-te-tenant on-on peut co-co-co…

- Commencer Mina, commencer, fit Gaëlle.

- Merfi.

- P’tain j’me fais chier, déclara Pauline les mains enfouies dans les poches de son imperméable jaune-orangé.

- Je déteste cette couleur, il ne met pas mon teint en valeur, se plaignit Alexia.

- Il ne met pas mon teint en valeur, imita Pauline d’une voix aigüe en se tripotant les cheveux.

- Qu’est-ce que t’as la rouquine ! Répliqua la jeune fille en mettant les mains sur ses hanches.

- D’abord, tu sais très bien que je déteste mes cheveux, ensuite j’te zut fausse blonde !

- Tu t’es déjà regardée dans une glace ma vieille, avec le bœing 747 que tu as à la place du nez !

- J’préfère avoir un avion comme pif qu’une carte routière en 3D sur la tronche ! Y a même les volcans en irruptions ! Biactol n’aurait aucun effet !

- Mais moi au moins j’ai du succès poil de carotte !

- Nan, mais tu t’es vus ! On est en pleine forêt et toi t’es en minijupe avec des talons aiguilles ! Tu veux draguer qui ? Un écureuil ? T’es ridicule ma PETITE !

Un silence précédant l’aura meurtrière d’Alexia apeura Mina. Pauline avait dit le mot interdit.

- Aïe ! Fa va barder ! Stressa Mina en se cachant sous sa capuche.

Alexia poussa un cri de guerre et couru vers l’insolente, la blasphématrice… Pauline quoi. Progressant à la vitesse d’un mollusque et gênée par ses talons aiguilles en faux cuir, elle boitilla en zigzaguant pour se rapprocher de la rousse morte de rire.

- La ferme ! Tu vas voir ! Je vais t’attraper !

Désespérées par la démarche ridicule de leur amie, Gaëlle et Judith se regardèrent, dépitées, en haussant les épaules. Elles prirent la décision de ne pas intervenir, espérant que l’une des deux enragées ne finissent par se fatiguer. Pendant ce temps là, Mina s’était éclipsée pour commencer l’herbier. Elle espérait avoir une bonne note pour ses trouvailles, car cette forêt n’avait aucun secret pour elle. Elle se mit à chanter tout haut, afin de couvrir le boucan de ses amies. Soudain, un vent fort traversa les bois, ayant pour compagnon de voyage d’étranges feuilles. Un frisson parcourut l’adolescente qui se tut, pétrifiée par le souffle semblant apporter les gémissements d’une autre contrée. Les feuilles se regroupèrent, formant un tas, représentant un corps allongé. Mina secoua nerveusement son spray et aspira le contenu en s’agenouillant près de l’étrange amas végétal. Elle ramassa une des feuilles et l’observa. De couleur bleu azur, ayant la forme d’une croix, la feuille était maculée d’un liquide concentré rougeâtre. La jeune fille trempa son doigt dans la tâche et la sentit. Elle poussa un hurlement en se rendant compte de la nature du liquide et couru à la rencontre de ses amies en gesticulant.

- Du fang ! F’est du fang !

- Quoi ? Un faon ! Où ça ? Demanda Pauline.

- Mais non idiote ! Elle a dit du sang… Du sang ?! Ô mon Dieu…

La jeune fille à talon s’évanouit. Judith se précipita vers elle pour la réanimer à coup de claques, tandis que Gaëlle examina la feuille trouvée par Mina.

- Effectivement, c’est bien du sang, Mina où l’as-tu trouvée ? Il y a peut-être un animal blessée !

L’adolescente aux multiples tics se racla la gorge et ouvrit prudemment la marche. Les autres membres du groupe lui emboîtèrent le pas. Cinq minutes plus tard, les jeunes filles se retrouvèrent devant un spectacle étonnant. Le vent avait balayé les feuilles bleues, laissant découvrir un jeune homme, couché sur le côté, inerte. Il était grand, portait des vêtements noirs usés et déchirés, ainsi qu’une casquette de même couleur, dissimulant son visage. A la vue du corps gisant dans une mare de sang, les cinq filles eurent de différentes réactions. Mina commença à pleure et à hurler qu’il y avait un cadavre dans les bois. Alexia s’évanouit une deuxième fois sur Pauline qui tomba sous le poids de l’adolescente. Gaëlle observa le corps du jeune homme, les yeux exorbités et la bouche grande ouverte en reculant, tandis que Judith, la plus courageuse, s’approcha pour vérifier son pouls. Pauline poussa son amie encore dans les vapes et déclara d’un ton ferme.

- Bon, reprenons nos esprits et récapitulons : un homme aux fringues bizarres allongé dans les bois d’une pension isolé de toute civilisation proche. Donc je peux dire que le mort…

Judith continua à chercher les pulsations de l’inconnu, n’écoutant pas l’adolescente raconter des inepties. Au bout d’un moment, elle tressaillit.

- … A été victime d’un meurtre ! Continua Pauline sur sa lancée.

- P-P-Pauline ! Bredouilla Judith.

- Et le meurtrier n’est pas loin ! Coupa la rouquine gardant son sang exceptionnellement froid. Puisque c’est…

Un silence se manifesta pendant une demie seconde, le temps qu’une branche craqua. Des cris fusèrent du groupe sauf Judith qui essayait de parler.

- Ca-ca-calmez-vous les filles !

- Aaaaaah ! Qui va être la prochaine fur la lifte ! Hein ?! Ze veux pas mourir ! Pleurnicha Mina.

Pauline ria aux larmes en admettant que les garçons de la pension avaient bien fait de placer un mannequin habillé dans la forêt.

- Ha ! Ha ! Ha ! Il faudra que les remerçis pour cette blague ! Ha ! Ha… Qu’est-ce qu’il y a Judith ?

La jeune fille se tut en voyant le pseudo « pantin » se mettre à bouger et gémir.

- C’est, c’est pas un pantin… C’est un mec !

- J’ai essayée de te le dire il y a je ne sais combien de temps ! S’énerva la jeune fille en asseyant le blessé contre un arbre.

Elle écarquilla les yeux en voyant ses mains pleines de sang.

- Et ça… C’est pas du faux sang ?! Pointa Pauline du doigt.

Judith secoua la tête et Pauline reprit ses esprits en motivant la troupe pour aider l’inconnu. L’individu en question, essaya de se lever en s’appuyant contre l’arbre, comme si il avait peur d’elles. Affaiblit, il tomba a terre en train de suffoquer. Pauline eut une idée et haussa le ton.

- Mina et Alexia, allez chercher Roger ! Il doit être en train de dessaouler sous un chêne… Vite ! Dis moi toi, comment tu t’appelles ?

Le jeune homme murmura des paroles incompréhensibles et fit un effort pour prononcer son nom et quelques paroles correctement. Étant tout près, Judith tendit l’oreille, puis répéta mot à mot ce qu’il disait. En entendant la voix du jeune homme, l’adolescente semblait être comme déstabilisée.

- Il s’appelle Seth… Il, il nous demande de l’aider… Il veut que l’on fouille dans la poche antérieure de son manteau…

Pauline exécuta les instructions en fouillant dans le manteau en lambeau et trouva un petit sac de velours rouge contenant des pierres précieuses.

- Qu’est-ce que tu veux faire avec ça ? Nous payer ? N’importe quoi ! Dis-nous où t’as mal ? Demanda Pauline.

Seth posa sa main sur son ventre et redemanda de l’aide.

- Les filles ! On-on arrive avec du du renfort ! Cria Mina.

Les deux adolescentes arrivèrent accompagnés de Roger, titubant, faisant des avances à Alexia, répugnée par ce vieil ivrogne.

- Vite ! Il perd beaucoup de sang ! Roger porte-le jusqu’à l’infirmerie s’il te plaît ! Demanda Alexia.

Profitant de cette scène délicate, l’ivrogne se gratta les fesses au lieu de la tête pour réfléchir et exigea quelque chose en retour. Gaëlle lui promit une bonne bouteille de bon pinard qu’elle avait cachée au cas où elle aurait besoin du gros lard.

- Ah ! Ben, j’dis pas non alors, répondit-il avec un accent paysan.

Il tira de la poche de son vieux pull-over sentant la chèvre, une petite gourde argentée où il y avait inscrit « boisson d’urgence », la vida d’un trait et souleva le jeune blessé.

- Mille d’jiu ! C’est qu’il est lourd ce gosse !

- Te plains pas ! Tu vas avoir ton pinard ! Aboya Pauline.

 

*

 

Seth ouvrit difficilement les yeux et sursauta en voyant qu’il était dans un endroit inconnu. Paniqué, l’adolescent arracha d’un coup sec sa perfusion qu’il avait dans le bras, repoussa les draps et s’aperçut qu’il avait été soigné en vérifiant ses bandages. Une question lui trotta dans la tête. Si il avait été soigné, quelqu’un avait dû lui enlever ses vêtements ? Le jeune homme paniqua encore. Seule la casquette n’avait pas quitté sa tête. Il sortit trop vite du lit et tomba aussitôt à genoux, encore faible, les jambes tremblantes, le souffle coupé. Le jeune homme mit sa main contre sa poitrine et resta un long moment au sol, cherchant quelque chose.

- Mon… pendentif… Où est-il?

Il se mit a ramper en puisant dans ses forces, essayant d’atteindre la porte d’entrée et l’ouvrit. A ce moment là, une personne poussa la porte ce qui le fit tomber à la renverse. Un jet de lumière pénétra dans la chambre obscure. Une gracieuse silhouette apparût dans cette lueur aveuglante et le jeune homme se demanda s’il n’était pas en plein rêve.

- Seth, que fais-tu hors du lit? Demanda la personne d’une voix chaleureuse.

L’adolescent reconnut le visage d’une des filles l’ayant aidée. Elle portait une longue robe à motifs exotiques brodés et d’une veste blanche à boutons noirs. La luminosité de l’extérieur flattant sa beauté, la rendait presque irréelle comme si c’était un ange descendu des cieux pour le protéger. Le jeune homme s’assit tant bien que mal sur le lit.

- Attends, je vais t’aider…

Seth lui fit signe que ça allait et Gaëlle lui répondit par un sourire chaleureux.

- Je ne me suis pas présentée, je m’appelle Gaëlle. Je suis juste venue voir si tu allais et je t’ai apportée de quoi te restaurer. Je ne sais pas ce que tu aimes alors j’ai pris un peu de tout.

La jeune fille déposa un énorme panier en osier tressé à la main remplit de bonnes choses à côté de Seth. L’adolescent eût une drôle de sensation. Une sorte de bien-être intérieur qu’il n’avait jamais ressentit auparavant. Mais au moment où la jeune fille s’approcha, son instinct l’alarma. Inconsciemment, il fouilla à l’intérieur de son âme et découvrit ce que Gaëlle cachait au fond de son âme… Il sût rien qu’en scrutant ses yeux, la nature de son mal. Étonnée par son attitude, Gaëlle sourit, puis fit demi-tour et, au moment où elle franchit la porte, Seth se leva.

- Pourquoi tu ne leurs dit pas? Fit-il d’un ton glaciale.

Étrangement, le cœur de la jeune fille se serra et lui fit mal. En guise de réponse, elle se mit à rire d’un ton inhabituel.

- Tu as deviné où tu as lu mes pensées? Cela ne m’étonnes pas que tu portes des vêtements qui se régénères. Le médecin était étonné par ta capacité de guérison… Tu n’est pas humain n’est-ce pas?

- Je ne lis pas dans les pensées, je constate juste que tu sens la mort à plein nez… Pourquoi le cacher? Répéta l’individu d’un ton sec presque agressif.

- Parce qu’elles ne sont pas prête et je veux les protéger… De toute façon je n’en ai plus pour longtemps… Ne t’en fais pas pour ton secret, il sera bien gardée avec moi… Au revoir… Prends soin de toi et repose toi… Seth…. Salua poliment la jeune fille en quittant la pièce sans bruit.

Lorsqu’elle fût dehors près de sa chambre, elle se mit à transpirer et à tousser. Elle s’assit contre un mur et toussa de plus bel.. Elle avait très mal… Seth observa a travers le miroir situé en face du lit son reflet. Il se regarda avec dédain et le brisa. Il enfila son manteau de cuir et ajusta sa casquette.

- Que la chasse commence…

Le lendemain, les filles de secondes commençaient par le redoutable cours de chimie. La classe bavardait tout en faisant des expériences avec des tubes à essais, un bain mari et du vernis à ongles…

- Quoi? Il a disparu? C’est impossible vu son état! S’écria Pauline « discrètement » dans la salle.

- Je t’assure, j’ai voulue lui apporter son repas et il n’était plus là, le lit était soigneusement fait, la chambre propre,le panier n’avait pas été touché mais le miroir de la chambre a disparu… S’inquiéta Gaëlle. Et puis… Hier… Il s’est passé quelque chose de bizarre…

- Qu’est- fe que f’entend? Il-il t’as rien fait au moins?! Coupa Mina, jaillissant de nulle part.

Surprise par l’attitude de son amie Gaëlle recula puis la rassura.

- En réalité… Je ne sais pas vraiment ce qu’il s’est passé, mais… Comment dire… J’ai eût une drôle de sensation quand il m’a parlé… J’ai sentit en moi une profonde tristesse mêlée d’une colère noire m’envahir… Comme si il…

- Portait un lourd secret. Compléta Judith en écoutant en retrait la conversation.

- Comment tu le sais? Demanda Alexia, déjà assise à son bureau en bois, se limant les ongles.

- Ranfe fa où on fa fe faire engueuler! Angoissa Mina en postillonnant sur Alexia, s’essuyant avec dégoût.

La pauvre fille était tellement stressée, qu’elle avait tendance à parler très vite en postillonnant et n’articulant pas. Des gouttes de sueurs perlaient son front et formaient de la buée sur ses verres. La vieille cloche du dôme de la pension, retentit dans tout le bâtiment, marquant le début du cours. Tout le monde regagna sa place avec le bruit des chaise tirées, des bavardages ainsi que des cahiers posé violemment sur le pupitre en bois. En s’asseyant, Judith mit la main dans la poche de sa blouse blanche et empoigna un objet… Elle eût un flash représentant des yeux violet dans le ciel. A cet instant une femme opulente, aux multiples tics entra dans la pièce en marchant tel un canard dû à sa surcharge pondérale.

- Mesdemoiselles, bonjour! Aujourd’hui nous allons entamer un nouveau chapitre, déclara Madame Varé.

La cinquantaine, dans la « fleur de l’âge », très petite pour quatre-vingt-dix kilos, de grosses lunettes à double foyers, son menton vibrait à chacun de ses mots. Le passage le plus drôle et le plus attendu était vers la fin du cours, lorsqu’elle effaçait le tableau noir. Elle l’effaçait de façon à ce que son bras se balance de gauche à droite tel de la gelée.

- Pour information, votre professeur principal vous présentera un nouveau surveillant qui sera aussi mon assistant.

Des chuchotements parcoururent la salle.

- Un peu de silence je vous pris! Commençons le cours…

L’heure se déroula sans agitations. Judith n’arrêtait pas de mettre la main dans sa blouse afin de toucher l’objet lui ayant déclenché un flash, en vain… Pendant la pause, le petit groupe des cinq filles traversa la cours sans un mot.

- T’as r’marqué Alexia? Les profs du bahut sont tous moches, toi qui savait pas quoi faire plus tard, tu devrais essayer puisque t’as tous les arguments pour ce job. Ricana Pauline en essayant de détendre l’atmosphère.

Prise d’une rage folle, la bimbo jeta son sac de cours et sauta sur la jeune rousse qui l’évita de justesse. Les deux adolescentes ne cessaient de se chercher tandis que par habitude, Judith et Gaëlle les séparèrent avant que cela ne dégénère. La pauvre Mina était dans un tel état de stress, qu’elle l’évacua en hurlant sur les deux furies.

- Fi vous continuez a vous battre, vous f’allez vous faire virer, et moi, fe vais mourir d’une crife cardiaque!

Elle souffla en posant la main sur sa poitrine, dans tout ses états. Dix minutes après la petite altercation, le petit groupe était installé et attendait le début du cours d’Histoire, mais aussi le professeur principal.

- Bonjour les enfants, aujourd’hui nous avons un nouveau venu! Annonça Monsieur Tiraile.

Celui-ci était de type filiforme , grand, les yeux noirs comme ses cheveux mi-longs, la peau pâlichonne. Il avait une démarche ainsi que des manières assez efféminées. La porte de la salle s’ouvrit dans un silence absolu, sentant la nervosité et l’excitation des élèves. A la surprises des cinq adolescentes, Seth apparu aux côtés de l’enseignant toujours aussi souriant. Les jeunes filles étaient abasourdies. Une aura sympathique et agréable se dégageait de l’individu à la casquette.

- Bonjour, je m’appelle Seth et je remplace pour quelques temps une surveillante en congés. Se présenta le jeune homme d’un ton exceptionnellement doux et chaleureux. Je suis honoré d’être ici avec vous… Si il y a des questions qui vous vienne à l’esprit, posez-les moi.

Toute la classe leva la main et une avalanche de question submergea l’adolescent. Judith avait remarqué que l’individu avait radicalement changé d’attitude.

- Du calme! Du calme! Chantonna le professeur. Je propose que notre « chère » déléguée de classe prenne la parole.

Un grand soupir de déception parcouru la salle et les élèves se retournèrent en direction de Mina ayant compris ce qu’elle devait faire. Elle s’était cachée derrière un manuel, tremblant comme une feuille. Elle finit par se lever mais tomba de sa chaise. Pauline ainsi qu’Alexia poussèrent un soupir en même temps puis se dévisagèrent. La jeune maladroite se releva en s’appuyant contre le pupitre en bois, remit sa cravate puis ses lunettes en place. Ayant prévue le coup, la jeune fille située en face d’elle enfila son imperméable en n’oubliant pas de mettre sa capuche.

- En tant que déléguée de claffe, fe fuis la repréfentante de tous les f’élèves ifi préfentes. Donc fe te poferais quelques queftions…

Une pluie de postillons atterrirent sur la fille de devant. Seth hocha la tête tandis que les jeunes étudiantes notaient déjà leurs questions sur une feuille commune. Une des voisines de Mina lui donna le papier. Elle déplia le morceaux de papier puis la lit en bredouillant et postillonnant. Seth répondit à toutes les questions.

- Je viens d’Irlande, j’ai 17 ans, célibataire et ma vie privée ne concerne que moi. Je participerais à toutes les activités extra-scolaire qui me seront accordées. Est-ce tout?

- Oui…

Ne supportant plus la pression, la fille à lunette s’évanouit. Habitué à cette scène, le professeur commença son cours sans y prêter attention….

 

 

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